Les prisons débordent
22.05.2008

Au moins 1 000 détenus dorment à terre sur des matelas dans les prisons
surpeuplées

    Un surveillant observe les
    détenus dans leur cellule de la
    prison de Saint-Paul à Lyon.
    Les prisons débordent. Les
    détenus s'agitent. Les
    surveillants manifestent leur
    exaspération dans plusieurs
    régions. Les instances
    internationales s'inquiètent de la
    situation française. Au 1er mai,
    l'administration recensait 63 645
    personnes incarcérées, pour 50
    631 places.


Dans les faits, le nombre de détenus en surnombre approche 14 000. Le syndicat
de surveillants UFAP (Union fédérale autonome pénitentiaire) a entrepris de
recenser les matelas placés à terre dans des cellules déjà suroccupées par des lits
superposés. Le décompte n'est pas terminé. Mais il montre déjà que plus de 1 000
prisonniers dorment par terre. L'administration refuse de commenter ce point.

    La maison d'arrêt de Meaux
    (Seine-et-Marne) connaît un
    taux d'occupation de 165 % trois
    ans après son ouverture, selon
    les syndicats. Dans cette prison
    moderne, où les douches et les
    WC sont placés dans les
    cellules et séparés,
    l'administration a dû ajouter 110
    matelas. Près d'un détenu sur
    huit dort par terre. Les syndicats
    CGT, FO et UFAP organisent un
    mouvement de protestation jeudi
    22 mai. Trois agents ont été
    brûlés après qu'un détenu a mis
    le feu à sa cellule.

Le 16 mai, les surveillants de Bordeaux-Gradignan (Gironde) manifestaient contre
l'insécurité en dénonçant un taux d'occupation de 200 %. Une semaine plus tôt,
plusieurs détenus de la prison de Saint-Quentin Fallavier (Isère) avaient refusé de
réintégrer leur cellule, pour protester contre le nouveau système de cantine, confié
à une entreprise privée. Le secrétaire général adjoint de l'UFAP, Stéphane Barraut,
dénonce "un cocktail explosif" dans les prisons. L'administration pénitentiaire
tempère, en soulignant qu'il n'y a pas d'augmentation du nombre d'incidents depuis
le début de l'année. Les travailleurs sociaux de l'administration pénitentiaire ont,
enfin, lancé un mouvement de protestation, contre une réforme statutaire.

Avec 63 645 détenus, la population carcérale frôle, à quelques unités près, le
record du 1er juillet 2004. La loi d'amnistie avait alors fait retomber le chiffre à 58
000 le mois suivant. La situation est différente aujourd'hui. L'absence d'amnistie en
juillet 2007, puis l'instauration des peines planchers pour les récidivistes, en août,
ont fait monter le nombre de détenus de 3 000 en un an. Secrétaire général de FO
direction pénitentiaire, Michel Beuzon constate, en outre, "depuis un an", une
meilleure exécution des condamnations pour les petits délits : "On voit des
personnes qu'on ne voyait plus ces dernières années, qui viennent pour un court
séjour." Il s'inquiète aussi du nombre de détenus qui auraient "plus de place dans
des structures psychiatriques. Ils ne supportent pas l'enfermement et sont
confrontés à une promiscuité difficile pour tout le monde".

La ministre de la justice insiste sur la progression des aménagements de peine et
sur les placements sous bracelet électronique. Au 1er avril, 3 509 personnes
effectuaient ainsi leur peine hors de la prison, contre 2 519, un an plus tôt.
Promise, bien que toujours pas inscrite au calendrier parlementaire, la loi
pénitentiaire devrait aussi faciliter les aménagements de peine. La chancellerie
souligne que le plan de construction et de rénovation de 13 200 places, décidé en
2002, suit son cours. En 2012, les prisons devraient compter 63 500 places... soit
le nombre de détenus actuel.

Mais l'administration attend 80 000 prisonniers d'ici à 2 017. L'annonce, lundi 19
mai, par Rachida Dati, d'un décret pour organiser les demandes d'encellulement
individuel a été accueilli avec scepticisme. "Certains détenus ne souhaitent pas
être seuls, mais c'est une minorité", constate Stéphane Barraut, de l'UFAP.
La France a été interpellée à l'ONU, le 14 mai, sur l'état de ses prisons, par le
Canada, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède. Le commissaire européen aux
droits de l'homme, Thomas Hammerberg, est en visite en France. Le nom tant
attendu du contrôleur général des lieux privatifs de liberté pourrait être dévoilé à
l'occasion de cette visite qui s'achève vendredi 23 mai.

Alain Salles
Le monde du 22.05.08.
Voilà un record ancien et bien français dont on parle peu. Eh oui ,ce n'est pas tout
de faire de la répression à tout va, il arrive un moment ou cette politique , qui n'a
jamais solutionné quoique ce soit, se heurte aux réalitées pratiques de son
application. c'est toujours la même chose, on vote des lois répressives sans en
mesurer toutes leurs conséquences. Le pouvoir se donne bonne conscience, et
l'électeur est ravi. Que demander de plus n'est-ce pas
?

    Des gardiens de prison contre la surpopulation.
    Pas de moyens
    Nicolas Sarkozy développe dans un entretien des
    arguments propres à séduire au-delà des clivages
    droite-gauche. Il pose ainsi comme principe que les
    défaillances de l’Etat en matière de système
    carcéral (et notamment sur la question de la
    surpopulation) ne sont plus acceptables






Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d’une
nation qu’en visitant ses prisons. La justice ne veut
pas se préoccuper des conséquences des peines
qu’elle prononce et de leur exécution.
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